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Col du Gioberney par Bernard Rouquette

jeudi 21 février 2008 par cyclotourisme06

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Col du Gioberney

- Connaissez-vous l’Oisans, le massif le plus sauvage des Alpes françaises ? Une vallée y pénètre profondément, menant, par le torrent du Vénéon, à Saint Christophe et La Bérarde. Au-dessus de Bourg d’Arud, point d’échappées du Vénéon sur les vallées environnantes hors de cols glaciaires à plus de 3000 mètres d’altitude, dont les plus faciles sont :

- au nord, la brèche de la Meije, vers La Grave,
- à l’est, le col du Clôt des Cavales, sur Villar d’Arène, et le col de la Temple, menant à Ailefroide par le glacier Noir.

- Côté sud, les glaciers, presqu’aussi nombreux qu’au nord, descendent bien bas et semblent barrer la route vers la vallée parallèle du Valgaudemar. Peu d’issues, cols rares ; un seul figure surchargé de bleu sur les cartes IGN, le col du Gioberney à 3251 mètres. Voici ce qu’en dit Gaston Rebuffat dans le "massif des Ecrins" :

"C’est le passage le plus commode entre la vallée du Vénéon et le Valgaudemar ; d’ailleurs, il est utilisé depuis fort longtemps. Il est d’un accès facile des deux côtés : glaciaire versant nord, rocheux versant sud, et comme c’est souvent le cas, ces caractéristiques en font une course intéressante parce que variée, aussi bien du point de vue ambiance, que du point de vue technique : d’un côté, le beau glacier de la Pilatte et la vue très belle, mais fermée sur les Bans ; de l’autre, les âpres pierriers lourds de soleil et un panorama étendu. Du col, il faut monter au mont Gioberney par son arête sud, facile, qui part du col. C’est l’occasion de se rendre compte aisément que franchir un col et gravir un sommet sont deux démarches différentes. Un col, on voudrait logiquement qu’il soit le plus bas possible, … un col doit être un endroit intelligent sur une crête. Un sommet, c’est autre chose : en dehors de l’escalade proprement dite et de sa beauté technique et esthétique, il est agréable qu’un sommet soit un belvédère, … Passer un col, c’est être dans la montagne ; gravir un sommet, c’est un instant la dominer, non pas dans le sens être le plus fort qu’elle, mais simplement voir alentour."

Réflexions soumises à l’ordre des Cent Cols.

- Quant à nous deux, Bernard Rouquette et Michel Verhaeghe, nous ne visons que l’endroit intelligent sur la crête entre Vénéon et Valgaudemar, col dont la gent cyclo-muletière n’a guère fait écho, à notre connaissance. Une traversée qui présente bien des attraits pour les chasseurs de cols impénitents que nous sommes. Jugez plutôt :
- un col à plus de 3000 mètres,
- le parcours de deux vallées reculées, longues chacune d’une vingtaine de kilomètres,
- la traversée d’un glacier, de modeste envergure il est vrai,
- et l’ascension d’un "itinéraire très difficile, parfois en escalade", dixit la légende de la carte IGN. - Voilà de quoi tenter nos deux cyclos, partis de bon matin du col Bayard, sous le soleil que connaissent bien les amateurs de randonnées dans les Alpes du sud. - Clôture d’une saison 1986 bien chargée ; les jours sont courts en octobre, mais une diagonale de l’Oisans par grand beau n’est pas loin de déplacer les montagnes. - Le Champsaur est vite traversé, nous voilà remontant le Valgaudemar. L’ambiance haute montagne se ressent dès qu’on quitte la route Napoléon. Les parois creusées par les glaciers du Quaternaire ne laissent place qu’aux pierriers et à de maigres forêts, alors que les glaciers, contemporains ceux-là, apparaissent au loin. - A La Chapelle en Valgaudemar, la route se perd dans les éboulis de la rive droite. La pente est de plus en plus soutenue ; une série de virages et se découvrent le Sirac, les Rouies et les Bans qu’on devine derrière le glacier de la Condamine. - Chalet du Gioberney. Il faut mettre sac au dos, car la randonnée, de cyclo va devenir cyclo-muletière, pour ne pas dire totalement pédestre. Il faut remonter le vallon du Vaccivier avec, au cœur, une appréhension certaine, car le col du Gioberney n’a pas l’air commode.
- Pas de doute, c’est bien lui, 1600 mètres plus haut. Aux optimistes arguant qu’il est bien rare de trouver des itinéraires à 3000 mètres sans glacier, on pourra répondre que la raideur de la pente, sud il est vrai, suffit à expliquer qu’un glacier n’ait pu s’y accrocher. - Pas de traces d’enneigement, malgré les récentes précipitations. Mais où passe le chemin dans la partie supérieure, qui n’est qu’une succession de barres rocheuses ? On se tord le cou un bon moment, et on se surprend à conjuguer les verbes : être venu, avoir vu … - Sans tarder car il est 11 heures, nous suivons le chemin zigzaguant dans les pentes herbeuses qui nous mène en 2 heures 30 à 2600 mètres à un petit collet (pas un col) situé sur la base de l’éperon sud ouest du mont Gioberney et de l’aiguille de la Vache. Là, changement de décor. Passage obligatoire, le ravin de la Vache a tout le charme d’un ravin de haute lignée avec, ça et là, quelques traces de sentiers subsistant au travers de ravines instables, qui mènent si loin vers le bas qu’on ose imaginer ce qui arriverait si … Tous les 4 ou 5 mètres, une assise rocheuse permet une pause entre deux passages scabreux où il faut passer vite et en souplesse. A peine remis du passage du ravin, nous voici confrontés à une trace qui se hasarde de manière abrupte à travers les barres, de sorte qu’on ne voit que quelques mètres devant soi. Chemin nécessitant l’usage des pieds ET des mains, pas de la bicyclette, nous avait précisé le seul randonneur rencontré. - Nous voici dans un passage câblé, et on joue de la main gauche sur le filin. Heureuse initiative car le rocher est raide, les prises rares et la proximité du vide bien réelle. - Nous avons cru longtemps (deux heures exactement) que les plus mauvais passages étaient derrière nous. Erreur ! La pente resta soutenue, les clapiers de roches mouvants et certains passages rocheux bien étroits pour notre gabarit. La face sud nous écrasait toujours davantage quand nous avons vu réapparaître le balisage. - Tout à droite, dans la paroi rocheuse. Les marques peintes étaient sans ambiguïté. Séries de traversées en bon rocher, avec fort heureusement des prises ENORMES, qui permettaient de se hisser d’une main alors que l’autre maintenait la bicyclette à bout de bras. - Le plus beau passage de la randonnée ; ça commençait à devenir de l’escalade, mais sur du rocher sec, à l’aide du compagnon en cas de problème, et l’avantage de la progression en montée, c’était grisant, et on en aurait bien redemandé s’il n’était si tard.

- Il ne restait que deux heures de jour quand nous sommes arrivés au col, à 3251 mètres d’altitude. Il était temps ; l’épaule devenait douloureuse, le souffle court et le moral mis à rude épreuve !
- Versant nord, il faisait bien 15 ° de moins ; une fine couche de neige recouvrait le glacier du Gioberney, voie de descente vers le refuge. Mais que l’Ailefroide et les Ecrins sont superbes vus sous cet angle inhabituel.
- Quelques minutes d’extase après six heures d’efforts.
- Premier 3000 pour Bernard, premier glacier aussi. Pour ma part ce fut le plus dur des hauts cols de ma col-lection.
- Adieu les chauds rochers du versant Valgaudemar. Nous voici crampons aux pieds, fixés sous les "Adidas". Certains glaciéristes éminents fronceront les sourcils car, non contents de pratiquer une discipline peu connue, le passage d’un col glaciaire avec une bicyclette, nous escaladons en chaussures légères et l’équipons de crampons quand le terrain l’exige.
- Le glacier du Gioberney se descend facilement ; les pneus laissent une belle empreinte sur la fine pellicule de neige. Gare aux insidieuses crevasses, nous ne quittons pas la trace en voyant se déployer le vaste glacier de la Pilatte dominé par la face nord des Bans. - Moments inoubliables. Mais il nous faut nous hâter et nous arriverons à la nuit tombante au refuge d’hiver de la Pilatte (20 places, 40 occupants), où nous dûmes laisser nos montures subir le gel nocturne des dures nuits d’octobre en Oisans.
- Avis aux amateurs auxquels il faut préciser : qu’une bonne connaissance de la haute montagne est requise pour ce genre d’exercice, que les crampons, ou chaussures de montagne, sont indispensables, que l’accès par le sud est recommandé car on progresse plus facilement en montée sur terrain difficile. - La bicyclette n’a retrouvé son usage porteur qu’au Plan du Carrelet, où nous avons repris contact avec les "randonneurs du dimanche" après les solitudes du Gioberney et la chaude ambiance du refuge.
- Croisant nombre de ces randonneurs montant de La Bérarde, j’essayais de maintenir un cap approximatif sur la caillasse du chemin quand je surpris le début d’une conversation qui fut couverte par un bruit de pierres par la suite. "Mais ils sont normaux, ces … "
- Ils parlaient de nos bicyclettes, vous l’avez deviné j’espère !


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